TRIBUNE

TRIBUNE (21)

Message conjoint de Mme Audrey Azoulay, Directrice générale de l'UNESCO, et de Mme Sima Bahous, Directrice exécutive d'ONU-Femmes, à l'occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, 11 février 2022

Promouvoir la place des femmes dans les sciences pour réaliser notre plein potentiel

TRIBUNE - Amsetou: Sauvée du mariage d’enfant grâce aux espaces sûrs de l’UNFPA

Promise en mariage depuis qu’elle est toute petite, Amsetou, 16 ans, échappe à un mariage grâce aux informations reçues dans un club d’autonomisation de jeunes filles mis en place par l’UNFPA.

Entreprenariat: pourquoi les femmes lèvent moins de capitaux que les hommes?

Si elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la création d’entreprise, la part des femmes reste encore inférieure à celle des hommes. En outre, elles peinent à lever des fonds, la confiance des investisseurs restant donnée principalement à des créateurs masculins. Fort heureusement, des solutions existent pour accompagner les femmes, leur faciliter leurs levées de fonds et changer les mentalités concernant l’entreprenariat féminin.

COVID-19 et entreprises dirigées par des femmes : plus d'innovation mais plus de risque financier

Plus d'un an après le début de la pandémie, nous avons vu comment une maladie infectieuse de grande ampleur et des mesures de confinement ont rapidement creusé les inégalités, entravant les progrès que beaucoup se sont battus pendant des années pour réaliser. L'un des exemples les plus frappants est l'impact disproportionné du COVID-19 sur les femmes. 

Attention à l'écart — La fintech comble-t-elle l'écart entre les sexes dans l'accès au financement ?

Accès équitable aux services financiers : une prérogative politique

Un accès juste et équitable aux services financiers est une condition préalable à la sécurité et à la prospérité économiques. Elle peut améliorer les résultats des individus en matière d'emploi, l'accumulation de richesse et la propension à créer une entreprise. Pourtant, partout dans le monde, les femmes restent non bancarisées ou sous-bancarisées (Demirgüc-Kunt et al. 2017). Les espoirs sont grands que les nouvelles technologies financières - ou «fintech» - puissent améliorer l'inclusion financière et enfin combler l'écart entre les sexes dans l'accès aux services financiers.

Déclaration de la Directrice exécutive de l'UNFPA, Natalia Kanem, à l’occasion de la Journée mondiale de la population

La pandémie de COVID-19 pourrait avoir des conséquences durables sur la population.

Elle a d’ores et déjà contraint de nombreuses femmes à reporter leur maternité et, en perturbant la prestation des soins de santé, entraîné des grossesses non désirées.

Forum Génération Égalité : lancement d'un plan d’action mondial pour faire progresser l'égalité des genres

Le leadership des femmes est l'un des principaux moteurs de l'égalité des sexes dans le monde.

Le Forum Génération Égalité, qui s’est tenu du 30 juin au 2 juillet à Paris, s'est achevé vendredi avec le lancement d'un plan d'action mondial pour accélérer l'égalité des genres d'ici 2026.

 

Ce programme sera financé à hauteur de près de 40 milliards de dollars d'investissements confirmés et soutenu par des engagements de la part de gouvernements, d’organisations philanthropiques, de la société civile, de la jeunesse et du secteur privé, a précisé ONU Femmes dans un communiqué de presse.

 

Cet engagement intervient alors que le monde évalue l'impact disproportionné et négatif que la pandémie de Covid-19 a eu sur les femmes et les filles. Les défenseurs de l'égalité des sexes ont fait pression pour des plans de relance sensibles au genre afin de garantir que les femmes et les filles ne soient pas laissées pour compte alors que le monde se reconstruit.

 

« Le Forum Génération Égalité marque un changement positif et historique en termes de pouvoir et de perspective. Ensemble, nous nous sommes mobilisés dans différents secteurs de la société, du Sud au Nord, pour devenir une force formidable, prête à ouvrir un nouveau chapitre de l'égalité des sexes », a déclaré Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d'ONU Femmes. « L'écosystème de partenaires du Forum – et les investissements, les engagements et l'énergie qu'ils apportent pour faire face aux plus grands obstacles à l'égalité des genres – garantira des progrès plus rapides pour les femmes et les filles dans le monde que jamais auparavant ».

 

Supervision de la mise en oeuvre du plan d’action par ONU Femmes

ONU Femmes conservera un rôle essentiel dans la conduite du plan d'action au cours des cinq prochaines années, en supervisant la mise en œuvre des engagements pour garantir que les promesses sont tenues et que des progrès sont réalisés.

 

« Après deux ans de travail collectif avec les États membres, la société civile, les organisations philanthropiques et organisations privées, nous avons réussi à mobiliser le plus gros investissement jamais réalisé pour faire avancer l'égalité des sexes et les droits des femmes. En mettant en œuvre une nouvelle façon d'aborder les problèmes mondiaux par un multilatéralisme efficace, le Forum Génération Égalité a inversé les priorités de l'agenda international et fait de l'égalité des sexes, trop longtemps sous-estimée, un enjeu de long terme pour la communauté internationale, au même titre que le climat, l'éducation et santé. La France continuera d'être à l'avant-garde pour accélérer les progrès en matière d'égalité hommes-femmes », a déclaré pour sa part la secrétaire générale du Forum Génération Égalité, Delphine O.

 

Selon ONU Femmes, les 40 milliards de dollars d'investissements confirmés à la clôture du Forum représentent un changement majeur dans le financement des droits des femmes et des filles. Le manque de financement est largement considéré comme une raison majeure de la lenteur des progrès dans la promotion de l'égalité des sexes et dans la mise en œuvre de l'agenda des droits des femmes de la Conférence de Beijing de 1995.

 

À la clôture du Forum, les gouvernements et les institutions du secteur public se sont engagés à investir 21 milliards de dollars dans l'égalité des sexes, le secteur privé 13 milliards de dollars et la philanthropie 4,5 milliards de dollars. Les entités des Nations Unies, les organisations internationales et régionales ont engagé un total de 1,3 milliard de dollars. En plus de ces investissements, de nombreuses organisations ont pris des engagements politiques et programmatiques solides, notamment 440 organisations de la société civile et 94 organisations dirigées par des jeunes.

 

Le Forum a également lancé un Pacte sur les femmes, la paix et la sécurité et l'action humanitaire, et a annoncé de nouvelles initiatives d'égalité des sexes axées sur la santé, les sports, la culture et l'éducation.

 

L'Ambassadrice de bonne volonté de l'Union africaine pour mettre fin au mariage des enfants, Nyaradzayi Gumbonzvanda, a déclaré avoir « revécu cette semaine l'expérience de 1995, lorsque j'étais une jeune militante des droits des femmes à la Conférence de Beijing ». « Le contexte de la Covid-19 et d'autres obstacles sont désormais une inspiration encore plus grande pour l'innovation, la solidarité et l'inclusion. Je suis reconnaissante des engagements pris cette semaine. Il est maintenant temps d'investir encore plus dans les filles et les jeunes femmes - pour que les ressources atteignent les communautés rurales et marginalisées, pour que la technologie soit un bien public et accessible à tous, et pour une plus grande responsabilité des États membres envers les droits humains des femmes et des filles ».

Source: UN

Comment la COVID-19 va creuser les inégalités dans les pays émergents et les pays en développement

Avant la pandémie de COVID-19, les pays émergents et les pays en développement ont connu deux décennies de croissance constante, qui leur ont permis de faire des progrès indispensables dans la réduction de la pauvreté et l’allongement de l’espérance de vie. La crise actuelle risque de remettre en cause une grande partie de ces progrès et d’accélérer le creusement des inégalités entre les riches et les pauvres.

Avant la pandémie, beaucoup de ces pays sont certes parvenus à réduire la pauvreté et à allonger l’espérance de vie, mais ils ont eu du mal à faire baisser les inégalités de revenus. Dans le même temps, une grande partie de la jeunesse de ces pays est restée durablement plongée dans l’inactivité, c’est-à-dire sans emploi, éducation, ni formation ; les inégalités en matière d’éducation sont considérables, et beaucoup reste à faire pour améliorer les perspectives économiques des femmes. La COVID-19 va sans doute creuser ces inégalités encore davantage que les crises précédentes, car les mesures mises en œuvre pour enrayer l’épidémie touchent de manière disproportionnée les travailleurs précaires et les femmes.

Dans la dernière édition de nos Perspectives de l’économie mondiale, nous avons cherché à mesurer les effets de la pandémie sur les inégalités à l’aune de deux variables : la capacité d’un individu à travailler depuis son domicile, et la contraction attendue du PIB dans la plupart des pays du monde.

Importance du lieu de travail

Premièrement, on ne saurait négliger l’importance de la capacité à télétravailler à domicile au cours de la pandémie. Une récente étude du FMI montre que les travailleurs à faible revenu ont moins de possibilités de travailler depuis chez eux que les personnes qui ont des revenus élevés. Les données américaines font apparaître que les secteurs d’activité les plus propices au télétravail à domicile ont connu des baisses d’effectifs moins importantes. Il découle de ces deux observations que les travailleurs à faible revenu ont moins de chances de pouvoir travailler depuis chez eux, et risquent davantage de perdre leur emploi à cause de la pandémie : les inégalités de revenus pourraient donc se creuser. 

Deuxièmement, pour estimer la baisse globale des revenus, nous avons choisi d’utiliser les prévisions du FMI pour croissance du PIB en 2020 comme indicateur de substitution. Nous avons alors réparti les pertes de revenus en proportion de la capacité à travailler depuis le domicile dans chaque tranche de revenus. À partir de cette nouvelle répartition, nous avons calculé la valeur post-COVID d’un indicateur synthétique de distribution des revenus (coefficient de Gini) pour l’année 2020 dans 106 pays, puis nous avons calculé la variation en pourcentage de cet indicateur. Plus le coefficient de Gini est élevé, plus les inégalités sont grandes : les personnes ayant des revenus élevés reçoivent une proportion beaucoup plus importante du revenu total de la population.

Ce calcul montre que la COVID-19 devrait avoir des effets beaucoup plus importants sur la répartition du revenu que les pandémies précédentes. Il révèle en outre que les gains économiques enregistrés par les pays émergents et les pays en développement à faible revenu depuis la crise financière mondiale risquent d’être perdus. D’après cette analyse, le coefficient de Gini moyen pour les pays émergents et les pays en développement va augmenter jusqu’à 42,7, c’est-à-dire à un niveau proche de ce que l’on observait en 2008. Les répercussions seraient plus marquées dans les pays en développement à faible revenu en dépit de progrès plus lents depuis 2008.

Le bien-être des populations est menacé

Cette tendance générale à l’augmentation des inégalités a des effets notables sur le bien-être des individus. Pour mesurer les avancées réalisées en matière de bien-être avant la pandémie et pour chercher à savoir à quoi s’attendre en 2020, nous avons utilisé un indicateur plus large que le PIB. Cet indicateur de bien-être synthétise des informations relatives à l’augmentation de la consommation, à l’espérance de vie, au temps libre et aux inégalités en matière de consommation. Ces mesures montrent qu’entre 2002 et 2019, les pays émergents et les pays en développement ont connu une augmentation de leur bien-être de presque 6 %, soit 1,3 point de pourcentage de plus que la croissance réelle du PIB par habitant, ce qui semble indiquer que de nombreux aspects de la vie des individus se sont améliorés au cours de cette période. Cette augmentation tient principalement à l’allongement de l’espérance de vie.

La pandémie pourrait entraîner une baisse du bien-être de 8 % dans les pays émergents et dans les pays en développement ; plus de la moitié de cette baisse serait la conséquence de l’augmentation excessive des inégalités liée à la possibilité ou non des individus de travailler depuis leur domicile. Il est à noter que ces estimations ne tiennent pas compte d’éventuelles mesures de redistribution du revenu qui seraient prises après la pandémie. En d’autres termes, les pays peuvent prendre des mesures pour atténuer les effets sur les inégalités et le bien-être plus généralement.

Que faire ?

Pour empêcher les inégalités de se creuser davantage, il est indispensable de mettre en œuvre des mesures d’aide aux individus et aux entreprises touchés, dont certaines figurent dans la dernière édition de nos Perspectives de l’économie mondiale.

En investissant dans des programmes de formation et d’acquisition de nouvelles compétences, il est possible d’améliorer les perspectives de retour à l’emploi des travailleurs dont les tâches risquent de se modifier durablement en raison de la pandémie. En parallèle, à l’heure où le numérique occupe une place de plus en plus importante dans le monde du travail, il faut élargir l’accès à internet et favoriser l’inclusion financière.

L’assouplissement des conditions donnant droit à l’indemnisation du chômage et l’octroi de davantage de congés parentaux et de congés maladie peuvent également atténuer les effets de la crise sur l’emploi. Il faut se garder de mettre fin prématurément à l’aide sociale versée sous la forme de transferts monétaires conditionnels, de bons alimentaires, de programmes d’aide nutritionnelle et de prestations médicales.

Pour bâtir un avenir plus équitable et plus prospère après la crise, il sera crucial de prendre des mesures qui permettent d’éviter d’effacer les gains durement acquis au cours des dernières décennies.

Ce blog s’appuie sur les résultats de travaux réalisés dans le cadre d’un partenariat de recherche sur la politique macroéconomique dans les pays à faible revenu, qui a bénéficié du soutien du Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) britannique. Le présent document ne reflète pas nécessairement le point de vue du FCDO.

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Gabriela Cugat est économiste au département des études du Fonds monétaire international. Ses travaux de recherches portent notamment sur la macroéconomie internationale, ainsi que sur l’hétérogénéité et les inégalités entre les ménages. Elle est titulaire d’un doctorat de la Northwestern University et travaille pour le FMI depuis 2019.

Futoshi Narita est économiste principal au département des études du FMI. Ses recherches concernent notamment la macroéconomie, la finance et le développement, et en particulier l’utilisation de données microéconomiques et atypiques à des fins d’analyse macroéconomique.  Il a reçu son doctorat en sciences économiques à l’Université du Minnesota, et a rejoint le FMI en 2011. Il a occupé des postes au département financier, au département Afrique, ainsi qu’au département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation du FMI.

Gabriela Cugat et Futoshi Narita 

FMI

En donnant aux femmes l'accès à de l'information qu'elles n'auraient pas autrement, les téléphones intelligents (smartphones) transforment des vies. Des chercheurs de l'Université McGill, de l'Université d'Oxford et de l'Université Bocconi estiment qu'entre les mains des femmes, ces outils peuvent contribuer grandement à l'atteinte des objectifs de développement durable dans les pays en développement.



L'étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of the Sciences, s'appuie sur des données recueillies dans 209 pays entre 1993 et 2017, et établit une corrélation entre l'accès à la téléphonie mobile et de nombreux indicateurs de développement social mondial tels que la santé, l'égalité entre les sexes et la diminution de la pauvreté. C'est dans les pays en développement et les pays les moins avancés que le lien entre l'accès à des téléphones cellulaires et l'autonomisation des femmes est le plus fort.

Sondage auprès des femmes en Afrique subsaharienne

Afin de mieux comprendre de quelle façon les téléphones cellulaires contribuent à l'autonomisation des femmes, les auteurs ont également effectué une analyse de la situation de 100 000 femmes de l'Angola, du Burundi, de l'Éthiopie, du Malawi, de la Tanzanie, de l'Ouganda et du Zimbabwe entre 2015 et 2017. Dans ces pays d'Afrique subsaharienne, le taux de fertilité décline lentement et les taux de mortalité maternelle et infantile restent élevés, mais l'utilisation des téléphones cellulaires augmente rapidement.

D'après les résultats, toutes choses égales par ailleurs, les femmes qui possèdent un téléphone cellulaire ont, par rapport à celles qui n'en ont pas, 1 % plus de chances de participer aux décisions en matière de contraception, 2 % plus de chances d'utiliser des moyens de contraception modernes, et 3 % plus de chances de savoir à qui s'adresser pour avoir un test de dépistage du VIH. Les répercussions sont considérables et comparables, parfois même supérieures, aux avantages que procure une vie en zone urbaine par rapport à une vie en région rurale. On a observé un effet semblable sur le pouvoir décisionnel au sein du ménage.

Selon les chercheurs, l'obtention de résultats à grande échelle pourrait passer par une amélioration des connaissances et du pouvoir décisionnel sur le plan individuel. L'analyse des données individuelles confirme également que c'est dans les régions pauvres et isolées que les effets sont les plus marqués.

Fracture numérique dans les pays en développement

Les chercheurs conviennent que malgré la prolifération des réseaux de téléphonie mobile, la fracture numérique entre les sexes et les couches socioéconomiques persiste dans les pays en développement. Par rapport aux hommes, les femmes sont moins susceptibles de posséder leur propre téléphone cellulaire, et lorsqu'elles en ont un, elles l'utilisent moins souvent et ont moins de compétences en technologies de l'information et de la communication. Ces disparités créent une deuxième fracture numérique, liée aux compétences, qui s'ajoute à la première, liée à l'accès.

"D'après nos conclusions, un déploiement des technologies de téléphonie mobile pourrait venir renforcer les autres processus de développement, notamment une expansion de l'éducation et la croissance économique, au lieu de les remplacer", explique Luca Maria Pesando, professeur au Département de sociologie et au Centre de recherche sur la dynamique des populations de l'Université McGill.

L'étude:
L'article "Leveraging mobile phones to attain sustainable development", par Valentina Rotondi, Ridhi Kashyap, Luca Maria Pesando, Simone Spinelli et Francesco C. Billari, a été publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

techno-science.net

 

L’Afrique est désormais leader mondial en matière d’entrepreneuriat des femmes. Pour Fannie Delavelle et Léa Rouanet, expertes auprès de la Banque mondiale, la pleine réalisation de leur potentiel économique contribuerait massivement à la croissance et à la prospérité du continent.

L’Afrique est en avance sur le reste du monde en ce qui concerne le nombre de femmes entrepreneures. Sur le continent, les femmes sont en effet davantage susceptibles de devenir entrepreneurs que les hommes : elles représentent en Afrique 58 % de ceux qui travaillent à leur compte. Toutefois, le récent rapport de la Banque mondiale, Les bénéfices de la parité, montre qu’en Afrique subsaharienne, les femmes entrepreneures continuent de réaliser des bénéfices inférieurs en moyenne de 34 % à ceux des hommes.  

L’entrepreneuriat des femmes : nécessité fait loi Sur l’ensemble du continent, les femmes sont davantage enclines à choisir l’entrepreneuriat, non par passion ou du fait d’aptitudes particulières, mais avant tout par manque d’alternative. Les opportunités de travail salarié sont rares, à plus forte raison pour les femmes qui ont souvent un niveau d’éducation moins élevé et qui sont confrontées à des pratiques de recrutement discriminatoires. C’est aussi aux femmes que revient généralement l’essentiel des responsabilités domestiques, comme s’occuper des enfants. Gérer une petite entreprise à domicile est souvent l’un des rares moyens qu’elles ont de contribuer au budget familial. Il s’agit là véritablement d’une occasion manquée. Sachant que le continent africain est aujourd’hui leader mondial en matière d’entrepreneuriat des femmes, on mesure à quel point la pleine réalisation de leur potentiel économique pourrait contribuer massivement à la croissance et à la prospérité du continent. Si nous réussissons à mettre les entreprises détenues par des femmes sur un pied d’égalité avec celles des hommes et à favoriser leur croissance, les économies africaines se développeront. L’autonomisation et le renforcement des femmes entrepreneures reviennent tout simplement à la mise en pratique d’une économie intelligente.

La collaboration avec le secteur privé produit des synergies : elle doit constituer un élément central des efforts engagés pour accroître les opportunités offertes aux femmes entrepreneures en Afrique – et ce dans une triple perspective. Promouvoir les entrepreneures en domaine masculin Tout d’abord, il faut s’attaquer aux contraintes sous-jacentes, inhérentes aux normes sociales, qui constituent des entraves pour les femmes. Parmi ces freins : le partage inégal de la charge de soins aux enfants, mais aussi les conventions qui poussent les femmes vers des secteurs d’activité moins rentables. En Éthiopie ou en Ouganda, par exemple, les études ont montré qu’en matière d’entrepreneuriat, la « ségrégation sectorielle » était un déterminant majeur des écarts de revenus entre les sexes. Ainsi, en Ouganda, le bénéfice mensuel moyen dans le secteur de l’esthétique, où les femmes sont majoritaires, est de seulement 86 dollars contre 371 dollars dans le secteur de l’électricité, à forte domination masculine.

Le rapport de la Banque mondiale expose également qu’en République démocratique du Congo, un quart du différentiel de bénéfices entre les femmes et les hommes est attribuable au fait que les femmes travaillent dans des secteurs comparativement moins rentables. Ces résultats concordent avec une récente étude du Gender Innovation Lab, réalisée à partir des pages Facebook d’entreprises de 97 pays sur quatre continents. L’étude révèle plusieurs faits à l’échelle internationale : les entrepreneurs travaillant dans les domaines à dominante masculine ont les revenus les plus élevés. En moyenne, ils gagnent 116 % de plus que les entrepreneures dans des secteurs à dominante féminine ; les hommes dans les secteurs à dominante féminine se situent à un niveau intermédiaire ; enfin, les femmes dans les secteurs à dominante féminine ont les revenus les plus faibles. Ces études révèlent que les choix d’activité féminins ne sont pas toujours déterminés par les facteurs auxquels on pourrait s’attendre, comme l’éducation ou l’accès aux capitaux. Les déterminants principaux du choix sectoriel sont plutôt l’exposition des hommes aux secteurs dominés par d’autres hommes via des mentors masculins, la formation ou la pratique professionnelle, et l’accès à l’information comparative sur les différences de revenus entre secteurs. Le secteur privé peut, à cet égard, jouer un rôle clé en encourageant les femmes à passer de l’autre côté, notamment par le biais d’une démarche d’incubateurs ou par le développement de programmes internes aux entreprises.

 Enseigner des compétences adaptées aux femmes entrepreneures

La plupart des pays d’Afrique sont parvenus à la parité filles-garçons dans l’accès à l’enseignement primaire, mais un fossé persiste dans les niveaux d’éducation et de compétences atteints par les entrepreneurs femmes et hommes, en particulier à partir de l’enseignement secondaire. Cela pourrait expliquer les différences en matière de décisions stratégiques dans les affaires. Les femmes à leur compte ont, dans l’ensemble, suivi des études moins longues que les hommes, qui sont souvent techniquement plus qualifiés. L’étude Les bénéfices de la parité montre que les programmes de formation qui dispensent à des femmes entrepreneures des compétences classiques, comme la comptabilité, produisent souvent des résultats décevants. Certains travaux prometteurs laissent penser que l’enseignement de compétences socio-émotionnelles, telles que l’initiative individuelle ou la persévérance, auraient davantage d’effets. Au Togo, une formation destinée aux dirigeantes de petites entreprises sur « la prise d’initiative, les comportements proactifs et la persévérance » a donné des résultats impressionnants : les apprenantes ont vu leur bénéfice augmenter en moyenne de 40 % suite à la formation. Celles qui assistaient à un cursus business classique n’ont, quant à elles, enregistré aucune augmentation significative de leur bénéfice. Une entrepreneure togolaise qui louait des robes de mariage a, par exemple, décidé d’élargir sa clientèle après avoir suivi un cours sur l’initiative individuelle. Elle vend aujourd’hui des robes et des accessoires, et possède des boutiques dans trois pays d’Afrique. Des formations de ce type ont été déployées dans différents contextes et dans d’autres régions du monde, comme l’Amérique latine ou les Caraïbes, avec des résultats très positifs. Elles pourraient être disponibles partout en Afrique via des partenariats avec le secteur privé : à la fois auprès des grandes entreprises et des petites structures de femmes entrepreneures.  

Des actions simples et peu coûteuses pour l’entrepreneuriat des femmes De telles interventions doivent, en outre, être mises en œuvre à différentes échelles. La Banque mondiale a démontré que des actions simples et peu coûteuses peuvent avoir un fort impact sur l’autonomisation des femmes. Au Malawi, par exemple, nous nous sommes aperçus qu’encourager les femmes à enregistrer leur entreprise n’avait aucun impact sur leurs bénéfices. Mais en ajoutant à cet enregistrement une réunion d’information dans une banque, avec ouverture d’un compte bancaire d’entreprise, la palette des services financiers formels utilisés par les femmes s’accroît de façon significative, et leurs bénéfices augmentent de l’ordre de 20 %. Le coût de cette opération : 27 dollars par entreprise. Cet appui peu coûteux est essentiel en Afrique subsaharienne, où seulement 27 % des femmes ouvrent un compte dans une institution financière. Autre exemple de collaboration fructueuse avec le secteur privé : l’appui des outils psychotechniques. Face aux difficultés des femmes à accéder aux capitaux, deux réponses sont possibles : soit leur donner un meilleur contrôle des actifs, par exemple via des droits de propriété conjoints, comme au Rwanda, soit contourner totalement les contraintes de collatéral sur les prêts.

En Éthiopie, grâce à un partenariat avec le secteur privé, la Banque mondiale a ainsi introduit comme alternative au collatéral une batterie de tests psychométriques innovants. Très fiables, ces tests prédisent la probabilité de remboursement d’un crédit par les entrepreneurs, avec au bout du compte des taux de remboursement de 99 %. Une telle initiative a pu bénéficier par exemple à Abeba, propriétaire d’une boulangerie dans la région éthiopienne d’Amhara, qui ne pouvait prétendre, depuis près de dix ans, qu’à des prêts collectifs plafonnés à 900 euros. Grâce aux tests, elle a pu bénéficier d’un crédit en son nom, faire fructifier son affaire et diversifier ses revenus.   L’entrepreneuriat des femmes au cœur des politiques de développement Le développement des entreprises est un moteur essentiel de la croissance économique et de la création d’emploi. Sans l’entrepreneuriat, il y aurait peu d’innovation, peu de croissance de la productivité et peu de nouveaux emplois.

Les dirigeants et de nombreuses autres parties prenantes en Afrique reconnaissent de plus en plus que les femmes entrepreneures sont déjà un levier de croissance, mais qu’elles pourraient l’être davantage. Pour combler les écarts entre les sexes, il faut identifier et mettre en œuvre des programmes et des politiques qui ciblent les contraintes spécifiques auxquelles les entrepreneures sont confrontées. Comme nous l’avons montré, il existe des interventions ciblées qui sont simples, abordables et surtout à fort impact. Plus de la moitié des entrepreneurs en Afrique sont des femmes : la promotion de l’égalité femmes-hommes est un choix économique judicieux et une bonne pratique de gestion pour les entreprises. Elle doit être au cœur des politiques de développement.

ideas4development.org

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