
Alors, quand Aïssa Traoré pousse le lourd portail près de cette décharge à ciel ouvert et nous entraîne à l’intérieur de son atelier dans une maison de plain-pied, les employés de son entreprise Biobag Burkina Faso semblent vider l’océan avec une petite cuillère. Autour de tables en bois rectangulaires réparties dans ce trois-pièces, ils s’affairent consciencieusement à plier et à coller à la main des milliers de sachets en papier. Cette semaine, c’est pour une pharmacie de Bobo-Dioulasso, la seconde ville du pays. Vingt mille exemplaires à confectionner en quatre jours, du papier pour remplacer ce plastique non biodégradable, fléau environnemental qui ronge le continent. Je demande à Aïssa, qui déploie une énergie colossale pour faire vivre son activité, ce qu’elle pense de l’expression « vider l’océan à la petite cuillère ». Elle approuve d’un hochement de tête face à ce terrain vague qui ne lui inspire que tristesse. Oui, la tâche est colossale, mais que faire ? Contempler ces scènes de pollution désolantes en croisant les bras ? Attendre des autres, des politiques, qu’ils règlent le problème ? Rester chez soi ? En 2016, elle a décidé de se retrousser les manches et de combattre ce désastre écologique avec, pour seule mise de départ, 50 000 francs CFA, soit 75 euros.